Origine du village ...

 

Il existe quelques sites d’occupations humaines de la Préhistoire, de l’Age du fer et de l’époque romaine sur le Plateau ardéchois. A partir du Haut Moyen Age, ce territoire se structure avec de vastes circonscriptions territoriales appelées vicairies. Les villae étaient des subdivisions de ces vicairies qui réunissaient un ensemble d’exploitations agricoles, les manses, avec leurs dépendances. Ces manses étaient la cellule de base de la vie rurale. Au sein de ces villae, la propriété était morcelée, avec un nombre important de propriétaires laïcs et ecclésiastiques. À cette époque, l’Église n’occupait pas encore une position privilégiée parmi les fermes et, sur la Montagne vivaroise, ne structurait pas l’espace. Les édifices religieux n’étaient souvent qu’un oratoire domanial, relevant d’un propriétaire.

En l’an 955, noble Etienne, issu de la famille de Mercœur, grands propriétaires fonciers en Auvergne, Velay et sur le Plateau vivarois fait une donation à l’abbaye Saint-Chaffre du Monastier. Il s’agissait, entre autres, d’une villa à Legernaco – Ligeret -  sur la rive droite de la Loire, à quelques centaines de mètres de sa source. Les seigneurs du Mézenc, successeurs des Mercœur, s’imposeront dans cette région quelques décennies plus tard. Ils possédaient alors la zone des grands sucs, y compris le vallon où s’installera au xiie siècle la chartreuse de Bonnefoy. Ligeret était constituée de plusieurs domaines d’exploitations agricoles. L’un d’eux, Villevieille, était sans doute exploité depuis longtemps, d’où son toponyme. Un autre domaine était installé sur un entablement basaltique dominant la vallée de la Loire et possédait sa propre église, dédiée à Sainte-Eulalie. Cette église fut donnée le 7 mars 1079 par Odilon Bello, Bertrand du Mézenc et sa femme, Guillauma, à l’abbé Guillaume, de l’abbaye Saint-Chaffre du Monastier. Dès lors, l’église et ses appartenances formèrent un prieuré non conventuel de l’abbaye vellave. Ce patronage se traduisitt par une nomination à la cure par l’abbé de Saint-Chaffre. Le domaine de Clastre, avec sa toiture couverte de lauze et de genêt, porte encore des traces de cette lointaine occupation. De récentes fouilles archéologiques sur le site ont mis à jour  des traces d’un habitat de l’époque carolingienne.

 

La vicairie, structure héritée du haut Moyen Âge, ne se justifiait plus dans le cadre de l’installation de lignages seigneuriaux sur ces territoires. Avec la création des châteaux, une nouvelle structure, le mandement, issu de la réorganisation autour du château et de son seigneur, va se mettre progressivement en place. Le mandement du Blaynet occupait la plus grande partie de la commune actuelle de Sainte-Eulalie. Ce terroir dépendait des seigneurs de Géorand qui le donneront aux abbés de Mazan au XIIème siècle. Au nord, entre le Mont Gerbier des Joncs et Lécoux, c’est le seigneur de Fourchades qui exerçait son pouvoir.

En parallèle, la paroisse devient elle-aussi une circonscription territoriale, liée à une église et aux droits qu’elle prélève sur ses paroissiens. Désormais, les hommes appartiennent à un mandement et à une paroisse et ce, jusqu’à la Révolution de 1789. Les limites des paroisses et des mandements ne coïncidaient pas : ainsi, la paroisse de Sainte-Eulalie s’étendait sur le mandement voisin du Goudoulet, dont le seigneur était l’abbé d’Aiguebelle. De même, Usclades relevait pendant l’Ancien Régime de la paroisse de Sainte-Eulalie et du mandement du Bleynet.

Au Moyen Age, quelques chaumières furent construites au sud de l’église. Le cimetière s’ouvrait alors sur l’actuelle place de l’église et il y resta jusqu’en 1885. Le village évoluera peu jusqu’au milieu du XIXe siècle, même si trois grands domaines voient le jour à proximité du village, dès le XVe siècle : Bernard, Pons et Volle. L’actuelle mairie portait le nom de Rectorie au XVIIe siècle : le chapelain ou recteur  desservant la chapelle Saint-Blaise dans l’église, habitait cette maison, couverte de lauze autrefois ou en percevait une rente. Cette maison fut achetée par la mairie en 1826 pour y installer la cure. La maison Faure, elle, construite vers 1660 par les abbés Vialle de Disonnanches, à l’emplacement de l’actuelle salle polyvalente de la commune, était la maison des chapelains de la chapelle Saint-Jean Bapiste, elle-aussi installée dans l’église du village.

Il faudra attendre la forte poussée démographique de la seconde moitié du XIXe siècle pour voir le village s’agrandir : de nombreuses maisons sont alors édifiées à l’est et au nord de l’église. Des auberges s’installent, ainsi que des commerces : boulangerie, boucherie, maréchal ferrant, tailleur d’habits, marchand de vin et autres cafés. Une laiterie verra même le jour au début du XXe siècle, pour développer la production de fromage, elle-même suivie par une coopérative agricole. La première école libre fut construite à l’arrière de l’église, sur la route du Béage. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une nouvelle école, beaucoup plus grande, vit le jour, sous la houlette de l’abbé Hilaire. L’école laïque, elle, s’installe au début du XXe siècle dans une large bâtisse édifiée le long de la route du Gerbier.

Jusqu’au milieu du xixe siècle, la ferme de Clastre était directement prolongée vers l’est par un petit bâtiment collé à l’église et qui servait de cure : la ferme, l’église et la cure ne formaient ainsi qu’un seul ensemble orienté est-ouest. L’église, qui avait déjà été reconstruite en 1463 sera largement agrandie en 1856, avec une orientation nord-sud.